• Romain Becker

Et un jour, la bouteille fût !


Sir Kenelm DIGBY. Ce nom ne vous dit probablement rien et pourtant, c’est en grande partie grâce à lui que vous lisez ces lignes aujourd’hui.


Sir Kenelm Digby

Sir Kenelm Digby

(Crédits :Stephencdickson / CC BY-SA)


Au XVIIème siècle, cet anglais, tout à la fois diplomate, scientifique, aventurier et philosophe acquiert une verrerie et y expérimente de nouvelles techniques. Il perfectionne un objet qui va révolutionner la conservation et le commerce du vin : la bouteille en verre.

Le verre, mais en mieux !

Avant cette invention, le vin est transporté dans des barriques qui ne protègent pas le vin de l’oxydation. De plus, le vin contient naturellement une bactérie nommée Acetobacter aceti qui le transforme en vinaigre. Le vin passe donc rarement l’année. Des bouteilles en verre sont utilisées mais elles sont bien trop fragiles. Les pertes pendant le transport sont considérables. Les techniques de bouchage n’étant pas non plus optimales, il est soit impossible de transporter les bouteilles à l’horizontale, soit le système en place oblige à casser le goulot au moment de l’ouverture de la bouteille. Tout ça n’est pas très pratique.

C’est là que Sir Digby intervient. En jouant sur les ratios de potasse, de chaux, de silice, et surtout en augmentant la température des fours, il produit une bouteille en verre plus épaisse et donc plus résistante. Le verre est également foncé et permet de protéger le vin des effets nocifs de la lumière.

Bien que critiqué dans certains écrits par Digby lui-même, ce n’est qu’avec des bouchons en liège que sa bouteille jouera parfaitement son rôle. Le liège est un matériau étanche, léger et très souple, ce qui lui permet de s’adapter à de nombreuses formes. Digby le critique car il laisserait passer l’air. Pourtant, c’est du côté de la bouteille que le problème se pose avec des irrégularités dans la forme des cols. Un problème rapidement corrigé qui permet alors une conservation et un transport optimaux des vins.

Les négociants vont alors pouvoir répondre à la demande croissante en vin des clients du nord de l’Europe, principalement en Angleterre et en Hollande. Le vin traverse désormais les mers sans encombre. De plus, la taille de la bouteille permet un transport facile depuis les bateaux jusqu’aux détaillants que sont les restaurants de l’époque. Bien plus facile à stocker et à servir qu’avec une barrique n’est-ce pas ?

Et puisqu’on parle d’Angleterre, évoquons la Champagne. Comme vous le savez, les bouteilles de champagne ont plusieurs particularités.

Le muselet

Tout d’abord, le fond de la bouteille est concave (ou convexe, ça dépend du point de vue). Cela s’appelle la piqûre. Cette forme a très certainement été inventée par les verriers dès le IVème siècle. En voulant améliorer la stabilité de la bouteille, ils optent pour ce fond de bouteille renforcé et creux, bien plus facile à produire qu’un fond parfaitement plat. Il s’avère également être un atout pour résister à la pression du gaz contenu dans la bouteille (de 4 à 6 bars).

Autre particularité, le bouchage. Oui il est en liège, comme pour les vins tranquilles (Emile). Mais il comporte également un muselet en fer. Avant le muselet, le bouchon était maintenu avec des cordes de chanvre et de la cire, pour éviter que le bouchon ne saute sous l’effet du gaz dans la bouteille (voir ici pour la création des bulles) . Cependant, l’opération pour installer ce bouchon était très fastidieuse et les cordes résistaient mal à l’humidité des caves.

La technique se perfectionne par la suite. Nicaise Petitjean invente la machine à ficeler à la ficelle, des négociants ajoutent des fils de fer torsadés pour renforcer le tout. Mais c’est à Adolphe Jacquesson que nous devons l’invention décisive. En 1844, il invente le muselet et la capsule. Il dépose un brevet qui lui sera officiellement attribué le 6 février 1845. Et à ce jour, ce système de fermeture est toujours celui que nous connaissons.



Bouteilles de domaine Veuve Fourny

Pourquoi se cantonner à une seule bouteille après tout.

(Crédits : Antoine Msika)


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